Éruption du volcan Fagradalsfjall : du magma chez les Vikings

C'est un spectacle naturel qui fascine scientifique, badauds et touristes. Et si vous y assistiez aussi lors d'un prochain voyage en Islande ? Sylvain Mahuzier, guide naturaliste, nous invite à mieux comprendre l'éruption actuelle du Fagradalsfjall.

Éruption du volcan Fagradalsfjall (Islande): du magma chez les Vikings
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Nuages rouges dans le ciel d'Islande

Voilà maintenant bientôt 2 mois que la lave s’épanche à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Reykjavik, la capitale islandaise, dans une région inhabitée. Au soir du 19 mars 2021, après trois semaines d’une intense activité sismique, la nuit s’est illuminée, les nuages sont devenus rouges, reflétant le magma incandescent s’écoulant d’une fissure longue d’environ cinq cents mètres qui venait de s’ouvrir. Un spectacle aussi impressionnant que somptueux.

C’est dans la petite vallée encaissée de Geldingadalur, tout près du mont Fagradalsfjall que la lave s’écoule. Nous sommes à la pointe sud-ouest de l’Islande, presque au bout de la péninsule, à 5 kilomètres de la côte. Non loin de l’aéroport, finalement, ni du fameux Lagon Bleu où l’on se baigne dans les eaux thermales bienfaisantes de la centrale géothermique, et à proximité du petit port de Grindavik. Mais pas assez près pour que cela représente un quelconque danger. 

Découvrez les images en direct du volcan Fagradalsfjall (et sa situation géographique en bas à droite sur la carte). Soyez patients, le spectacle peut être saisissant…

 

 

Des éruptions et des hommes

Des éruptions volcaniques, l’Islande en a connu bien d’autres, y compris dans les temps historiques, depuis l’arrivée des Vikings au IXème siècle. Discrètes ou explosives, toujours spectaculaires, parfois dramatiques, elles ont ponctué le quotidien des habitants de l’île.

L’une des plus célèbres fut celle du Lakagigar en 1783 : sur les hauts plateaux du sud de l’Islande, le sol s’est déchiré sur plus de 30 kilomètres, une des plus grandes fractures que notre planète ait connues avec plus de 130 cratères crachant parfois plus de 8 000 m3 par seconde ! Conséquence funeste : les gaz volcaniques empoisonnent les trois-quarts des bovins, chevaux et moutons de l’île et une partie de la population meurt de faim. Mais cela va encore plus loin car les cendres volcaniques affectent sérieusement le climat et les récoltes en en Angleterre et en France, provoquant la famine. Il est aujourd’hui reconnu par de nombreux historiens que cet évènement a vraisemblablement contribué à provoquer la Révolution française…

On pourrait citer les éruptions du Katla en 1918, de l’Hekla en 2000, et n’oublions pas l’Eyjafjöll en 2010, plus connu sous le nom du glacier qui le surmonte, l’Eyjafjallajökull, dont l’immense panache de cendres avait entraîné une perturbation aérienne dantesque !

Au passage, rappelons que notre façon de prononcer « Eyjafjallajökull », qui n’avait pas grand-chose à voir avec la réalité, avait beaucoup amusé les Islandais, au point qu’ils avaient imprimé un T-shirt sur lequel on pouvait lire : « Eyjafjallajökull is so easy to pronounce »…

L'Islande : entre Europe et Amérique

Il faut dire que l’Islande se trouve dans une situation vraiment particulière. Tout d’abord elle est pile sur la dorsale médio-atlantique, une immense chaîne de montagnes volcaniques sous-marines de 15 000 kilomètres de long à partir de laquelle s’articulent les plaques tectoniques européenne et nord-américaine. Ces plaques s’écartent l’une de l’autre au rythme moyen de 2 à 3 centimètres par an, ce qui à l’échelle géologique est assez rapide !

Spectacle d'une éruption volcanique en IslandeEt puis l’Islande, à l’instar de La Réunion ou d’Hawaï, est située sur un point chaud : ce sont des endroits à la surface de la terre où le magma remonte depuis les profondeurs et induit une activité volcanique régulière. Cette conjonction exceptionnelle dorsale/point chaud fait de l’Islande la plus importante région volcanique d’Europe et l‘une des plus actives du monde, avec environ 130 volcans actifs dont certains connaissent des éruptions à un rythme assez régulier.

Une éruption volcanique qui dure

Il y a 2 types de volcans en Islande. Les volcans centraux ou strato-volcans dans le jargon des vulcanologues, qui ont été formés par de nombreuses couches de lave et de cendres, et dont l’activité est toujours centrée dans leur cratère ou sur leurs flancs. Leur éruption est plus généralement explosive. Quant aux fissures volcaniques, qu’on appelle aussi fractures éruptives, ce sont des déchirures de l’écorce terrestre longues de quelques mètres à parfois plusieurs dizaines de kilomètres, qui s’ouvrent et laissent s’échapper de la lave fluide, on parle également d’éruption effusive. C’est dans cette 2ème catégorie que l’on peut classer l’éruption fissurale du Fagradalsfjall de mars 2021, qui dure encore. Cela a commencé par un tremblement de terre de magnitude 5,7 fin février, ce qui est important. Mais ce qui a alerté les vulcanologues, ce sont les 50 à 60 000 petites secousses très rapprochées qui ont suivi, et le magma détecté pas très loin de la surface. Et puis la terre s’est ouverte dans cette petite vallée, et la lave s’est épanchée, elle occupe plus de 30 hectares maintenant. Une relative surprise car dans ce secteur de la péninsule, la lave n’avait pas coulé depuis le XIIIème siècle, soit environ 800 ans ! Et ce n’est pas fini, nous en sommes à la huitième semaine, et une deuxième puis une troisième faille se sont ouvertes 500 mètres plus loin et vomissent tranquillement leur magma qui s’écoule en contrebas puis refroidit.

Ce réveil serait-il le signe d’une nouvelle ère volcanique sur la péninsule de Reykjanes, après huit siècles d’une période calme ? Les vulcanologues islandais qui pressentaient au début un épisode éruptif de quelques jours seulement, privilégient aujourd’hui un scénario de longue durée. Mais quelques semaines, quelques mois ou quelques années ? Personne ne sait. Il est possible qu'il dure jusqu'à la prochaine croisière en Islande avec conférenciers prévu cet été.

Un spectacle qui attire les foules

En tout cas, pas de nuage de cendres redoutable, pas d’avion bloqué, pas de gaz toxiques. Cette éruption « calme » et durable a provoqué un formidable engouement en Islande.

Lors de l’ouverture de la première fissure, les autorités avaient interdit l’accès au site, ce qui n’avait pas empêché des dizaines de randonneurs de venir profiter de l’évènement. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se sont rendues sur place, et contemplent sans danger ce spectacle fascinant, d’autant qu’il est relativement facile d’accès. Des files interminables de véhicules garées le long de la route témoignent de l’engouement des Islandais, qui n’ont que quelques kilomètres à parcourir à pied pour rejoindre le site. Certains s’attardent et s’habituent, comme ce petit groupe de locaux jouant au volley à deux pas de l’éruption comme si de rien n’était. D’autres font des expériences : et tentent de faire cuire des œufs et du bacon ou de faire bouillir l’eau du thé sur la lave, mais ce sont la poêle ou la casserole qui fondent ! À l’instar des couples qui se marient sur la banquise ou dans d’autres coins du monde inoubliables, quelques couples viennent se dire « oui » devant ce paysage fabuleux où l’orange vif et le noir profond se mêlent. Mais il faut le vouloir, lorsque pluie et vent sont de la partie, la cérémonie est courte…

Fascinée par les volcans, l’autrice-compositrice-musicienne Björk, une des grandes figures artistiques de l’Islande, a chaleureusement exprimé son émerveillement devant cette éruption, qui de surcroît s’est produite à l’endroit où elle a tourné son clip « Le Lac Noir » il y a quelques années. Une liesse populaire communicative !

Publié le mardi 4 mai 2021 à 09:06

À propos de l'auteur Sylvain Mahuzier Sylvain Mahuzier : Écrivain, guide naturaliste, conférencier, expert faune